Un écosystème hydrogène au croisement des déchets, de l’énergie et de la mobilité

Retour sur la visite du site H2 Créteil et du centre opérationnel bus de la RATP accueillant des bus d’Île-de-France Mobilités

9 janvier 2026 | Visite du Club Hydrogène Île-de-France

La visite du site H2 Créteil et du centre opérationnel bus de la RATP organisée le 9 janvier constitue le premier événement terrain de l’année 2026 pour L’Institut Paris Region, organisée à l’initiative de son département AREC Île-de-France, dans une logique de renforcement du lien avec le terrain, les acteurs et les projets opérationnels.

La visite a été organisée dans le cadre du Club Hydrogène Île-de-France, qui vise à mettre en réseau les acteurs franciliens, à favoriser l’acculturation aux enjeux de la filière hydrogène et à faire émerger et valoriser des projets concrets, notamment à travers des temps d’échange et des visites de sites comme celle consacrée au projet H2 Créteil.

Le choix du projet H2 Créteil s’explique par son caractère emblématique à l’échelle régionale et nationale, ainsi que par la forte mobilisation des acteurs institutionnels, industriels et des collectivités autour de sa mise en œuvre et de son financement.
Le projet  est porté par SUEZ, SIPEnR et la Banque des Territoires et a mobilisé une enveloppe d’investissement globale estimée à près de 18 M€. Il a bénéficié de financements publics structurants :
•    1,1 M€ de l’ADEME
•    1,7 M€ de la Région Île-de-France
•    3 M€ de la Banque des Territoires, via le mécanisme européen AFIF
Ces soutiens, complétés par l’investissement des partenaires industriels, ont permis la réalisation d’une infrastructure structurante pour la filière hydrogène sur le territoire francilien.

Ce projet constitue la première station européenne de production et de distribution d’hydrogène directement couplée à une unité de valorisation énergétique des déchets (UVE). Il illustre de manière concrète une logique d’économie circulaire territoriale, en valorisant une énergie locale issue des déchets pour produire de l’hydrogène renouvelable et bas-carbone destiné à des usages locaux.

La station est implantée à un emplacement stratégique, à Créteil, au croisement de l’A86 et de la N6, dans un territoire dense du Val-de-Marne.

L’infrastructure est dimensionnée pour approvisionner en hydrogène :
•    Une flotte de 17 bus hydrogène d’Île-de-France Mobilités, tous livrés par le constructeur polonais Solaris en fin 2025, achetés via la CATP par Île-de-France Mobilités, et exploités par la RATP sur la ligne 103 ;
•    Deux bennes à ordures ménagères (BOM) de l’EPT Grand Paris Sud Est Avenir (GPSEA), rétrofitées par GCK  (Groupe industriel français spécialiste de la mobilité décarbonée, notamment du rétrofit de véhicules lourds en solutions électriques ou à hydrogène), avec une livraison prévue en mars 2026.

En parallèle, le projet Vallée Sud Hydrogène prévoit la mise en service d’une flotte totale de 30 bus hydrogène d’Île-de-France Mobilités, dont 5 bus déjà livrés et actuellement exploités à titre transitoire dans le cadre du projet H2 Créteil. L’ensemble de ces bus, fournis également par Solaris, sera opéré par ATM Group sur la ligne 189 et alimenté à la station hydrogène de Châtenay-Malabry, dès sa mise en service courant 2026.

Éclairage d’Île-de-France Mobilités 

IDFM est l’autorité organisatrice des mobilités en Île-de-France et est fortement engagée dans la réduction de ses émissions.

Sa flotte de bus et cars est d’environ 11 000 véhicules en Île-de-France avec une stratégie à terme de 70% de sa flotte en bioGNV et 30% en électrique.

Au sein de cette stratégie, IDFM a rajouté une expérimentation H2 allant jusqu’à 47 véhicules dans deux écosystèmes territoriaux hydrogène soutenus par l’ADEME.

Le projet H2 Créteil est constitué de 17 bus sur la ligne 103.

Le projet VSH2 est constitué de 30 bus sur la ligne 189.

La visite a rassemblé 23 participants, membres du Club Hydrogène Île-de-France, dont deux partenaires du Club : la direction régionale de l’ADEME et France Hydrogène et plusieurs adhérents et partenaires de L’Institut Paris Region, comme l’EPT Grand Paris Sud Est Avenir, Île-de-France Mobilités, le SIGEIF, GRDF.

La visite s’est articulée autour de plusieurs temps complémentaires. Elle a débuté par une présentation du panorama de la dynamique régionale de l’hydrogène en Île-de-France, permettant de donner une vision d’ensemble du maillage des stations de production et de distribution sur le territoire, ainsi que de la richesse de l’écosystème hydrogène francilien, composé d’acteurs industriels de toutes tailles et de plusieurs secteurs (chimie, mesure, sécurité, fluides sous pression, automobile, aéronautique, etc.), de structures de R&D, de start-up, de laboratoires et d’établissements d’enseignement supérieur.

Le projet H2 Créteil en constitue une illustration concrète, en s’appuyant sur des acteurs franciliens parmi lesquels Mesure Process (Noisy-le-Grand, 93160)  intervenue sur l’intégration des équipements de la station et sa maintenance, et FillnDrive  (Paris, 75011), impliquée dans le référencement de la station et la diffusion d’informations opérationnelles via ses outils numériques, facilitant l’accès à l’infrastructure pour les véhicules en dehors de l’écosystème (taxis, utilitaires, poids lourds, etc.).

La matinée de la visite s’est poursuivie avec la présentation du projet H2 Créteil par les équipes de SUEZ et le SIPENR, puis avec la présentation de la stratégie bus hydrogène portée par Île-de-France Mobilités et l’exploitant RATP.

Ces présentations ont donné lieu à des échanges directs entre les participants et les intervenants.

Les participants ont ensuite pris part à une visite technique complète de la station H2 Créteil couplée à l’UVE de Créteil Valo’Marne, commentée par les équipes de SUEZ qui exploitent l’UVE, comprenant :
•    la découverte de la station de distribution, avec assistance à un ravitaillement d’un bus hydrogène pour l’occasion,

  • la visite de la brique production (électrolyseur, compression, stockage),
  • la présentation du site dédié aux tube trailers pour un éventuel export d’hydrogène vers d’autres utilisateurs (mobilité, industrie).

La visite s’est poursuivie par un rapide voyage en bus H2 puis par la découverte à proximité du centre de remisage et de maintenance des bus hydrogène d’IDFM de Créteil exploités par la RATP, avec la présentation des adaptations techniques mises en place par la RATP, incluant notamment le renforcement de la ventilation du centre de maintenance, l’installation de systèmes de détection hydrogène et l’adaptation des zones ATEX, etc., afin de garantir une exploitation et une maintenance de la flotte de bus hydrogène en toute sécurité.

Les équipes de SUEZ, de H2 Créteil, d’Île-de-France Mobilités et de la RATP se sont rendues disponibles tout au long de la matinée pour répondre aux questions et échanger avec les participants. Les échanges ont été particulièrement riches, portant notamment sur les choix techniques du projet, les modalités d’exploitation de la station, les enjeux de sécurité et les conditions de déploiement de la mobilité hydrogène, notamment pour les bus, ceci dans un contexte complexe pour la filière hydrogène en France.

Ces discussions ont également montré que les enjeux abordés à l’échelle du projet H2 Créteil dépassent ce seul site et s’inscrivent dans les dynamiques actuelles de déploiement des bus hydrogène à l’échelle nationale.

Selon France Hydrogène, l’offre de bus à hydrogène s’est à la fois étoffée et stabilisée, et les déploiements devraient s’accélérer dans les prochaines années, au regard des commandes engagées ou annoncées. Ainsi, 76 bus hydrogène sont en circulation à fin 2025 (contre 58 en 2024, soit +31 %) et leur nombre devrait atteindre environ 400 véhicules à horizon 2030.  Dans l’alignement de cette dynamique nationale, la stratégie d’Île-de-France Mobilités, à travers les projets H2 Créteil et Vallée Sud Hydrogène, conduit à une montée en charge progressive du parc bus H2 francilien : avec 47 bus hydrogène prévus à terme, l’Île-de-France devrait représenter près de 12 % de la flotte nationale projetée à l’horizon 2030.

Si les bus électriques à batterie devraient représenter la plus grande part des bus zéro émission en France à court et long terme, les bus hydrogène constituent un complément pertinent pour certains contextes d’exploitation : lignes longues, dénivelés importants, zones à climat hivernal rigoureux ou contraintes d’exploitation spécifiques.
Par ailleurs, plusieurs Conseils régionaux ont également engagé des commandes d’autocars hydrogène, notamment pour le transport interurbain et scolaire. 39 autocars sont aujourd’hui en circulation (contre 22 en 2024, soit +129 %), et une centaine devraient être en service à horizon 2027.

Intérêt de la production d’H₂ sur les UVE

L’installation H2 Créteil repose sur un électrolyseur Nel d’une puissance de 2,6 MW, dimensionné pour produire près d’une tonne d’hydrogène renouvelable par jour, avec un potentiel d’extension à 2 tonnes par jour. Elle est directement couplée à une Unité de Valorisation Énergétique (UVE) et utilise une électricité locale de récupération issue de l’incinération des déchets.

Ce mode d’intégration présente plusieurs avantages structurants :
•    L’alimentation continue en électricité de récupération de l’électrolyseur permet un fonctionnement avec un facteur de charge élevé et un coût de l’électricité plus stable et maîtrisé par le syndicat de traitement,
•    Le site, déjà classé ICPE, bénéficie par ailleurs d’une acceptabilité locale facilitée,
•    Le projet ouvre également la voie à des synergies industrielles complémentaires, notamment la valorisation potentielle de l’oxygène coproduit par l’électrolyse pour des usages d’oxy-combustion dans les fours, susceptible de réduire certains polluants atmosphériques (NOx) et d’améliorer le rendement global, ainsi que la mutualisation de l’eau industrielle déjà disponible sur site pour alimenter l’électrolyseur.

Ce modèle est d’autant plus pertinent en Île-de-France, qui compte environ 18 unités d’incinération de déchets non dangereux. Selon le ROSE (Réseau d’observation statistique de l’énergie et des GES), l’incinération des déchets ménagers et assimilés représente environ 30 % de la production régionale de chaleur renouvelable et de récupération et près de 49 % de la production d’électricité EnR&R, soit la première source régionale. Dans ce contexte, le développement de synergies entre UVE et production d’hydrogène apparaît comme un levier structurant pour répondre aux besoins de mobilité, aux usages industriels et plus largement, à la décarbonation du système énergétique francilien.

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