Le digestat, une opportunité pour l’agriculture biologique en Île-de-France?

 20 juillet 2022

En agriculture biologique, conformément au nouveau règlement (UE) 2018/848 entré en vigueur au 1er janvier 2022, la gestion de la fertilisation passe d’abord par la rotation des cultures et l’introduction de légumineuses dans l’assolement. Lorsque ces mesures ne permettent pas de couvrir les besoins nutritionnels des cultures, seuls les engrais et amendements listés dans le règlement  d’exécution (UE) 2021/1165 sont utilisables.

Les épandages de digestats sont donc autorisés dans ce cadre, à condition qu’ils soient issus de matières d’origine animale ou végétale elles-mêmes autorisées par le règlement.

De manière simplifiée, les digestats valorisables en agriculture biologique sont issus d’unité de méthanisation valorisant des effluents d’élevage non industriels, et/ou des matières végétales agricoles (coproduits, CIVE, résidus de cultures), et/ou des biodéchets ménagers (triés à la source et contrôlés).

Les digestats issus d’autres sources de matières premières ne sont pas compatibles avec la valorisation en agriculture biologique.
Sont notamment proscrits les déchets de restauration collective, les boues de stations d’épuration, les déchets d’industries agroalimentaires non AB et les effluents d’élevages industriels tels que définis par le guide de lecture français.

Point important, un agriculteur bio peut valoriser sur ses terres des digestats issus des matières premières précédemment citées, même si celles-ci sont issues d’exploitations conventionnelles.

La majorité des sites franciliens de méthanisation ont un approvisionnement compatible avec la production de digestats valorisables en agriculture biologique. C’est une bonne nouvelle pour les agriculteurs bio car cela ouvre de nouvelles perspectives d’approvisionnement en engrais utilisables en AB pour le territoire. Le digestat liquide ou brut est un engrais organique dont le prix est compétitif par rapport aux engrais disponibles sur le marché. Il présente également des propriétés agronomiques un peu différentes des engrais traditionnellement utilisés en AB, avec en particulier une part plus importante d’azote sous forme ammoniacale, et donc plus facilement disponible. Cela ouvre de nouvelles possibilités en matière de fertilisation. C’est ce que nous explique Charlotte Glachant, responsable d’équipe bio au service agronomique de la Chambre d’agriculture de Région Île de France : « Les quelques essais que nous avons menés jusqu’à maintenant sur les apports de digestats nous montrent une efficacité sur le rendement proche, voire très légèrement supérieure, à celle des engrais traditionnellement utilisés en AB (fientes, farines animales, vinasses). Attention cependant avec ce type de produit dont la part d’azote ammoniacal est importante, et qui nécessite donc un enfouissement immédiat pour une efficacité optimale. Dans le contexte actuel de tension sur la ressource en engrais organiques utilisables en AB liée aux récentes évolutions réglementaires et à la forte augmentation des surfaces conduites en bio ces dernières années, l’approvisionnement local en digestat peut être une opportunité économique pour les systèmes bio. »

De nouvelles perspectives s’ouvrent pour les agriculteurs conventionnels. Grâce à ses propriétés agronomiques, sa production locale et son coût de revient, l’accès à cette ressource peut-être un facilitateur pour les agriculteurs qui souhaitent se lancer dans une démarche de conversion à l’agriculture biologique.

D’autres agriculteurs porteurs de projets de méthanisation en Île de France se tournent vers l’agriculture biologique. C’est surement la suite logique à donner pour des projets de territoire qui s’inscrivent dans une démarche environnementale, dans la diversification et l’amélioration des pratiques agricoles.


* Élevages en système caillebotis ou grilles intégrales et dépassant les seuils définis en annexe I de la directive n°2011/92/UE ;
Élevages en cages et dépassant les seuils définis en annexe I de la directive n°2011/92/UE.
Rappel des seuils :
  • 85 000 emplacements pour les poulets
  • 60 000 emplacements pour les poules
  • 3 000 emplacements pour les porcs de production (de plus de 30 kilogrammes)
  • 900 emplacements pour les truies.