Quelle dynamique des projets de production et de distribution d’hydrogène en Île-de-France ?

État des lieux 2024

Le déploiement de la mobilité hydrogène est conditionné en premier lieu à la mise en place de stations de distribution d’hydrogène ainsi qu’à une production d’hydrogène renouvelable ou bas-carbone. Depuis 2015, l’Île-de-France est le territoire du déploiement des premières flottes de véhicules légers pour des usages intensifs (taxis), pour plusieurs raisons :

  • La mise en place de la Zone à faibles émissions (ZFE) d’abord parisienne puis métropolitaine, dans le périmètre de l’A86,
  • La présence de nombreuses flottes captives permettant de développer des écosystèmes territoriaux hydrogène mutualisés entre plusieurs utilisateurs,
  • La forte visibilité mondiale des solutions hydrogène dans la région capitale,
  • La densité de nouveaux usages potentiels permettant l’émergence de nombreux acteurs relatifs à la production, à la distribution d’hydrogène ou aux solutions hydrogène.

En ce début d’année, l’AREC vous propose une cartographie des projets hydrogène en Île-de-France, à la fois de production, de distribution et d'usages (faisant suite à un premier état des lieux : Note rapide n°960 « Quel déploiement des stations hydrogène pour la mobilité en Île-de-France? » - octobre 2022).
 

CARTE : ÉTAT DES LIEUX DES PROJETS HYDROGÈNE EN ÎLE-DE-FRANCE

 

Quelle évolution depuis 2 ans ?

Au 1er janvier 2024, on dénombre 9 stations de distribution hydrogène dont une également de production (Porte de Saint-Cloud). Ces stations ont une capacité cumulée de 2,5 tonnes d’hydrogène par jour. Certaines des premières stations de petite capacité (< 100 kg d’hydrogène par jour) ont été fermées : Les Ulis, MIN de Rungis, Place de l’Alma (Cette dernière est toutefois rénovée par Air Liquide pour une réouverture début 2024). Plusieurs nouvelles stations, de plus grande capacité, ont ouvert en 2023 :

  • La station de production et de distribution HYSETCO de la Porte de Saint-Cloud, d’une tonne par jour, inaugurée le 26 juin 2023,
  • Les stations de distribution HYPE d’Issy-les-Moulineaux (inaugurées le 1er avril 2023) et de la Porte de Bercy (fin 2023) de 200 kg par jour chacune,
  • La station temporaire de distribution GCK Energy du Centre National de Réception des Véhicules (CNRV) de l’UTAC de Linas-Montlhéry (qui sert aux tests et à l’homologation de véhicules retrofités -poids lourds et autocars à hydrogène-).

En 2023, on peut également citer le démarrage des travaux de Vallée Sud Hydrogène (avec une cérémonie de première le 11 octobre 2023), d’H2 Créteil et de nouvelles stations HYPE et HYSETCO. Ces deux entreprises ont chacune annoncé à l’été 2023 huit nouvelles stations en déploiement en 2024, en prévision notamment des JOP2024.

Quels véhicules ?

Il est rappelé que les solutions hydrogène pour la mobilité terrestre sont destinées principalement à la mobilité lourde et intensive, pour un public professionnel. Dès 2015, les premiers véhicules franciliens ont été des véhicules légers de type berline ou SUV à usage taxi ou VTC sur la zone métropolitaine. Ensuite une première flotte de véhicules utilitaires légers avec prolongateurs hydrogène (Renault Kangoo), qui n’est aujourd’hui plus en service. En 2019, des premiers bus à hydrogène arrivent dans les Yvelines ainsi que des tests dans le Val-de-Marne. À noter également des vélos et triporteurs à hydrogène à Issy-les-Moulineaux et l’EPT Vallée Sud Grand Paris (92).

Au 1er janvier 2024, il est dénombré actuellement de l’ordre de 700 véhicules (soit près de la moitié du parc total français*) et plusieurs autres types d’équipements utilisant de l’hydrogène, composés de la sorte :

  • 600 véhicules légers de type berline et SUV (Toyota, Hyundai)
  • 50 véhicules utilitaires légers (Stellantis, Renault / Hyvia)
  • 7 bus (Solaris, Van Hool)
  • 25 vélos et triporteurs (Pragma Industries)
  • Des drones (HyLight, H3 Dynamics)
  • Des groupes électrogènes à hydrogène (EODev)

*France Hydrogène recense 1 320 véhicules en 2023 en France (Les Chiffres clés, édition 2023).

Ce parc est amené à doubler en 2024 avec l’arrivée programmée de 500 nouvelles berlines, au moins 150 véhicules utilitaires légers, des bus (en particulier 47 bus d’Île-de-France Mobilités pour Vallée Sud Hydrogène et H2 Créteil en 2025), des bennes à ordures ménagères, 10 autocars, des chariots élévateurs ainsi que les premiers bateaux de transport de marchandise et de passagers (SOGESTRAN et autres).

Quels acteurs ?

Les premiers acteurs en Île-de-France ont été Air Liquide, grand groupe présent historiquement sur la chaine de valeur de l’hydrogène et la société HYPE pour les usages taxis, puis HYSETCO. La région présente un vaste écosystème d’acteurs proposant à la fois des infrastructures de distribution (et de production dans certains cas) jusqu’à la location de véhicules et les services associés (accès aux stations, maintenance, assurance). Citons Air Liquide, AVIA, DISTRY, Engie, EnHYwhere, Fayat, H2byCol (Verso Energy, Colas, Bouygues Construction), H2 Créteil (SIP EnR, Suez), Hyliko, Hynamics (EDF), HYPE, HYSETCO, Hyvia (Renault Group, Plug Power), Lhyfe, TotalEnergies, Vallée Sud Hydrogène (SEM Vallée Sud Mobilités, Hynamics).

Signalons que TotalEnergies et Air Liquide viennent de créer une coentreprise, TEAL, dédiée aux stations poids lourds sur les corridors européens de transport (qui traversent notamment l’Île-de-France) et qui reprendra des actifs des deux entreprises ou requalifiera des stations poids lourds existantes.

Quelle production d’hydrogène ?

L’Île-de-France est une région structurellement dépendante de l’extérieur pour son approvisionnement énergétique (pétrole, gaz, électricité, bois). L’hydrogène, même si son transport reste limité, est également soumis à ce phénomène. Les premières stations de distribution d’hydrogène ne produisent pas sur place et sont approvisionnées par des sites industriels de production de gaz, généralement hors d’Île-de-France (Normandie, Hauts-de-France, Grand Est). L’hydrogène étant produit par vaporeformage de gaz naturel (pouvant intégrer une brique de captation de CO2) et acheminé par camion diesel, l’intérêt en décarbonation n’est pas justifié. Néanmoins, plusieurs sites de production d’hydrogène renouvelable ou bas-carbone apparaissent en Île-de-France pour répondre à cet enjeu de décarbonation de la production d’hydrogène.

Au 1er janvier 2024, il est recensé 3 sites en fonctionnement pour une puissance cumulée de 4,5 MW (soit 15% de la puissance installée en France en 2023, 30 MW selon France Hydrogène) :

  • La station de production et de distribution HYSETCO de la Porte de Saint-Cloud (75), déjà citée : 2,5 MW du fabricant NEL,
  • Le site HYVIA sur l’usine ReFactory de Renault à Flins - Aubergenville (78), pour le test des piles à combustibles assemblées sur place pour des Renault Master : 1 MW du fabricant Plug Power,
  • La plateforme de test d’électrolyseurs d’EDF Lab aux Renardières (77) : 1 MW du fabricant McPhy.

Plusieurs projets sont en cours pour déployer entre 30 à 50 MW d’électrolyse. À noter également le projet de production massive d’hydrogène sur la bioraffinerie de Grandpuits, dans le cadre de la reconversion de la raffinerie vers les biocarburants en particulier aériens. D’une capacité de 20 000 tonnes d’hydrogène par an, l’unité sera un nouveau SMR (vaporeformage de méthane) avec captation CO2 (Cryocap® d’Air Liquide) et incorporation d’un tiers de gaz renouvelable produit sur place (méthanisation et pyrolyse).

Quelles infrastructures de transport et de distribution de l’hydrogène ?

Les réflexions en cours montrent que l’Île-de-France produira une majorité de l’hydrogène utilisé dans la mobilité, mais restera également approvisionnée par des flux extérieurs (par camion puis par canalisation de gaz dédiée : les "hydrogénoducs"), en particulier venant de la Normandie ou des Hauts-de-France. Au sein de la Vallée de Seine, la Normandie concentre 4 projets d’envergure en cours de construction (Air Liquide Normand’HY, 200 MW) ou en planification (Verso Energy - 350 MW, Engie - 250 MW, Lhyfe - 100 MW). Dans le cadre de l’European Hydrogen Backbone (corridor européen hydrogène) GRTgaz étudie la connexion de l’Île-de-France pour en faire un hub de connexion sur trois axes : Le Havre – Paris, Saint-Nazaire – Paris avec AtlantHYc et Valenciennes – Paris avec WHHYN.

À une échelle plus locale, GRDF étudie, en partenariat avec l’AREC, l’identification de premières boucles locales de distribution d’hydrogène, afin de relier par canalisations des électrolyseurs et des sites industriels ou mobilité consommateurs. Une première boucle fait l’objet d’une étude de faisabilité avec le SIGEIF, le SIGIDURS et le SIAH autour de la station d’épuration du SIAH (Bonneuil-en-France, 95), de l’unité de valorisation énergétique du SIGIDURS (Sarcelles, 95).

L’hydrogène étant un vecteur énergétique mouvant, à la fois dynamique et soumis à des forts enjeux technologiques et économiques, l’AREC poursuivra son travail de mise à jour de ces informations. Restez connectés !

 

 

Thomas Hemmerdinger
#Énergie  #Climat  @ AREC / L'Institut Paris Region

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