Sobriété énergétique : identifier les barrières pour mieux les dépasser

 20 septembre 2022 |  Marie-Laure Falque Masset | Chronique de la sobriété énergétique #2

Afin de sortir des idées reçues et de mieux se familiariser avec ce qu'induisent réellement des comportements plus sobres, l'AREC propose une nouvelle série : les Chroniques de la sobriété énergétique.

Démarche volontaire permettant de réduire la consommation d’énergie et de ressources grâce à des changements de comportement, de mode de vie et d’organisation collective, la sobriété relève d'une interrogation de nos besoins essentiels. Elle n’est ni l’efficacité, ni la transition énergétique, elle ne consiste pas non plus en l'achat d'équipements supplémentaires.
Une fois bien précisés les concepts, voyons quelles sont les barrières les plus courantes (idées préconçues, utilisation de l'espace non adaptée, déficit de concertation, croyances…) et les pistes pour tenter de les dépasser, notamment à l’échelle de la collectivité.

Savoir de quoi on parle et sortir des idées préconçues

 Trop souvent une certaine confusion règne autour des différents concepts de la transition.
Pour le Haut Conseil pour le Climat : "La sobriété énergétique est une démarche qui vise à réduire les consommations d’énergie par des changements de comportement, de mode de vie et d’organisation collective. La sobriété énergétique consiste tout d’abord à nous interroger sur nos besoins puis à adapter nos usages à ces besoins."

Pour rappel, on considère généralement que les trois piliers de la transition énergétique sont :

  • sobriété,
  • efficacité
  • énergies renouvelables

 Une barrière, parfois entretenue pour de mauvaises raisons ou encore par méconnaissance, sont les idées préconçues : la sobriété n’est pas la privation. La sobriété est un moyen et non une fin, c’est une démarche volontaire qui consiste à mieux et à moins consommer en se posant des questions sur ses besoins, ses aspirations, ses valeurs.
 Se former sur la sobriété énergétique sera le meilleur moyen de sortir des représentations sociales négatives. Et quand on parle de formations, il ne s’agit pas de raisonner uniquement sur les citoyens car cela concerne toute la société et donc les organisations. Nous manquons tous d’information sur le sujet mais il existe plusieurs manières d’en apprendre plus.
 En outre, apprendre nous permettra de prendre des décisions et de ne pas (ou moins) subir de futures restrictions d’énergie qui pourraient se produire dans les mois à venir. On peut se rapprocher de l’un des membres du réseau ACTIFS animé par l’AREC : les agences locales de l’énergie et du climat et autres structures du réseau proposent des sessions de sensibilisations et des formations aux particuliers, collectivités et entreprises sous la forme de défis DECLICS pour les citoyens, de serious games, d’espaces de démonstrations, d’appartements pédagogiques mobiles ou stationnaires, de formations pour les agents, salariés ou artisans. Les conseillers en énergie partagés sont également une ressource pour les collectivités. On peut aussi citer la Fresque de la sobriété de Sobre Énergie pour les bâtiments tertiaires.
 La sensibilisation peut également concerner les déplacements : formations à l’écoconduite, promotion du covoiturage et du vélo ou installation et pérennisation du télétravail 

Revoir l'aménagement de l'espace

 Une autre barrière non négligeable, l’aménagement de l’espace : des villes souvent trop minérales, qui accordent une (trop ?) grande place à la voiture, des bâtiments pas toujours bien orientés, ni conçus pour le climat d’aujourd’hui, des services éloignés des lieux d’habitation et des « ébriétés » constatées de l’éclairage public, de l’éclairage nocturne des bâtiments et des enseignes lumineuses...
Tout cela concourt de manière malheureuse au développement de la climatisation, aux congestions automobiles, à l’aggravation de la pollution lumineuse...
 Déminéralisation des sols, végétalisation, bioclimatisme, développement d’un réseau de pistes cyclables, des espaces marchables ou des lieux de connexion sociale, soutien à des services de proximité, politique de l’éclairage offrent à la sobriété énergétique les moyens de se déployer : moindre recours au chauffage ou à la climatisation, développement des modes de déplacements doux, limitation des déplacements...

Renforcer la concertation, pour davantage d'adhésion

 Un déficit de concertation est un obstacle qui entrave de nombreux domaines. Comme les questions de sobriété interrogent nos usages, elles demandent de s’intéresser davantage aux usagers, à leurs aspirations et de les impliquer dans la co-construction des politiques publiques de sobriété et des politiques des organisations.
 C’est ce qu’a fait Loos-en-Gohelle qui a développé une ingénierie de la conduite du changement systémique en mettant en récit la trajectoire du territoire pour modifier les cadres de pensée et les cadres d’organisation et engager la collectivité collectivement et individuellement. C’est de cette démarche qu’est née la Fabrique des transitions qui a déjà accompagné 60 territoires en France.
 Un autre exemple est celui de la ville de Vancouver avec son projet Places for People qui a redonné aux citoyens leur place dans l’espace public en développant parcs, jardins partagés, espaces de jeux et de détente, voies piétonnes sécurisées après une longue concertation avec les habitants.
 Au-delà de la nécessaire concertation, pour entretenir la dynamique collective, l’État, les collectivités et les entreprises devront miser sur l’exemplarité et une communication positive et adaptée aux publics. Cela nécessite aussi de privilégier le temps long pour installer les bons réflexes : définir des plans de sobriété énergétique à court terme pour répondre aux problématiques actuelles et surtout les définir à moyen et long terme.

Donner moins d'importance aux croyances

 "La confiance en la technologie comme solution ultime à tous les problèmes détourne notre attention du problème le plus fondamental – celui de la croissance dans un système fini » écrivaient en 1972 Donella Meadows, Dennis Meadows, Jørgen Randers et William Behrens dans le Rapport Meadows. Il ne s’agit pas de s’affranchir de la technologie puisque l’efficacité énergétique est bien le deuxième pilier de la transition énergétique mais de donner à la sobriété sa place d’innovateur social.
 La sobriété repose sur la réflexion et sur les choix : ne pas acheter de matériel inutile, repenser la politique d’achat par exemple en achetant du matériel reconditionné, en privilégiant les produits (bureautique, mobilier, habillement, etc.) conçus pour durer afin de lutter contre l’obsolescence programmée, explorer les solutions proposées par la low-tech ou encore à l’occasion d’un schéma directeur informatique, développer la sobriété numérique.

Combattre nos "dragons de l'inaction"

 Malgré les informations, les incitations, les plaidoyers, nous avons du mal à passer de l’intention à l’action, à cause des barrières psychologiques que Robert Gifford appelle les « dragons de l’inaction » et nous sommes tous concernés, à divers degrés :

  • Cognition limitée : on pense bien connaître le sujet, ou on l’ignore ou on préfère reporter la responsabilité sur les autres
  • Idéologies : on pense que la libre entreprise, une divinité, ou encore la technologie viendront à bout des problèmes ou on vit une situation confortable ne nous permettant pas une juste estimation de la situation
  • Comparaisons sociales : on adapte notre comportement à celui des autres, voisins, familles, amis, collègues, dans le sens de la sobriété ou de l’ébriété !
  • Coûts irrécupérables : les habitudes (alimentaires, de déplacement, d’achat, etc.) sont difficiles à changer (par exemple, si on a récemment investi dans une voiture, on pourra avoir plus de mal à se mettre au vélo)
  • Discrédit : le manque de confiance envers les autorités, le déni ou la minimisation des problèmes énergétiques et environnementaux
  • Risques perçus : la peur du changement, la peur d’être moqué, d’être mal compris, de perdre de l’argent
  • Comportement limité : quand on pense qu’on fait déjà sa part et qu’on n’a pas besoin d’être plus sobre, ou quand on va utiliser de façon excessive un équipement économe (par exemple, faire plus de km avec une voiture qui consomme moins, laisser allumées des lampes LED)

 

Repérer toutes ces contraintes sur son territoire est une étape indispensable pour définir une politique de sobriété et imaginer, en concertation avec les acteurs, les bonnes pratiques de sobriété à développer.

 Prochaine chronique : Les leviers de sobriété des collectivités et focus sur la sobriété structurelle 

 

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