Les mécanismes de soutien au développement des projets d’injection de biométhane ont profondément évolué avec l’arrêté du 23 novembre 2020. Ces évolutions réglementaires portant sur les tarifs d’achat ont été suivies par un renforcement des exigences auxquelles sont soumises les unités de méthanisation en tant qu’Installations Classées pour la Protection de l’Environnement (ICPE). Ces différentes évolutions ont fortement remis en cause le modèle économique des projets de méthanisation, questionnant leur rentabilité et leur mode de financement.

Dans ce contexte, la direction Biométhane de GRDF a souhaité explorer les leviers techniques et financiers dont disposent les projets pour retrouver une rentabilité économique et rester finançables par les banques. Le bureau d’étude Solagro, mandaté pour réaliser cette mission, a analysé en détail quatre typologies de projets, représentatifs de la méthanisation française. Ils ont listé les leviers permettant de diminuer les investissements, diminuer les charges ou augmenter les recettes des projets afin d’optimiser leur business model, sans rupture technologique. Les résultats de cette étude ont été partagés largement en 2021, via différents webinaires à destination de la filière méthanisation.

Forts de cette première analyse, les membres de PROMÉTHA ont souhaité décliner ces résultats à l’échelle régionale, en ciblant des typologies de projets caractéristiques de l’Île-de-France et en approfondissant les leviers techniques adaptés à ses enjeux. La méthanisation francilienne s’est fortement développée ces dernières années et compte début 2022 une trentaine de sites de méthanisation en injection. Près de 80% des unités d’Ile-de-France sont des projets agricoles, valorisant les résidus de cultures et les CIVE, des Cultures Intermédiaires à Vocation Energétique, implantées et récoltées entre deux cultures principales.

En suivant une méthodologie identique à celle retenue à l’échelle nationale, le bureau d’étude Solagro et les membres de Prométha ont identifié quatre projets-type, représentatifs de la filière francilienne, qui ont servi de base à l’analyse.

En s’appuyant sur la connaissance des projets existants et au travers d’interviews d’acteurs franciliens, les membres du COPIL ont retenu des hypothèses réalistes et représentatives du marché régional afin de bâtir des business model crédibles pour les projets-type sélectionnés : coût de terrassement, longueur moyenne de raccordement, coûts des intrants etc.

L’étude a ensuite été conduite en deux temps :

  1. Une première évaluation confirme que des projets de méthanisation conçus et construits selon les standards de ces dernières années, sont difficilement finançables au vu de leurs indicateurs économiques (TRI, DSCR).
  2. Dans un second temps, Solagro a proposé une optimisation des choix de conception et d’exploitation des projets, adaptés à chaque typologie. Parmi la quinzaine de leviers techniques et financiers identifiés, Solagro a ciblé les optimisations applicables à chaque cas afin de tester leur faisabilité dans le nouveau contexte réglementaire.

L’analyse démontre que chacun des projets, une fois optimisé (mobilisation de 4 à 7 leviers, en fonction des cas) conserve une pertinence dans le modèle actuel, avec un DSCR[1] supérieur à 130 % (projet finançable par les banques) et un TRI projet[2]compris entre 6 % et 8 %.

Parmi les leviers techniques identifiés, certains semblent particulièrement adapté au gisement méthanisable francilien. Ainsi, des adaptations dans la ration de l’unité de méthanisation peuvent facilement être envisagées (substitution d’une partie des intrants agricoles usuellement mobilisés ou augmentation de capacité avec ajout de nouveaux intrants) :  

  • Intégration de soupe de biodéchets hygiénisés. La généralisation du tri à la source des biodéchets début 2024 va nécessiter d’identifier de nouveaux exutoires franciliens pour la valorisation locale de ces déchets fermentescibles. La méthanisation représente une voie de valorisation énergétique et matière particulièrement adaptée à ce gisement dans une région densément peuplée comme l’Ile-de-France.
  • Valorisation des menues pailles. Collectées en même temps que la paille, les menues-pailles augmentent sensiblement le tonnage de matière sèche pour un coût de collecte équivalent.
  • Mobilisation des fumiers équins. Le gisement est actuellement important en Ile-de-France et les voies de valorisation peu nombreuses (et souvent localisées en dehors de la région).

L’analyse conduite souligne les pistes d’optimisation dont peuvent se saisir les bureaux d’étude, les constructeurs et les porteurs de projets, pour développer des unités de méthanisation rentables, performantes et adaptées au contexte francilien. Ces leviers techniques et financiers doivent être mobilisés au cas par cas, en fonction des caractéristiques du projet.

L’étude démontre l’intérêt de la filière méthanisation avec injection et la pertinence de cette voie de diversification pour les exploitations agricoles franciliennes. Elle confirme le potentiel de cette filière pour le développement des énergies renouvelables en Ile-de-France.

N’hésitez pas à vous rapprocher de Prométha pour en savoir plus (contact).


[1] DSCR : dept-service coverage ratio (taux de couverture de la dette)

[2] TRI projet : taux de rentabilité interne du projet